
« En tant qu’avion techniquement révolutionnaire à l’époque de son apparition, le Vampire n’a pas seulement ouvert l’ère des avions à réaction en Suisse. Il a survécu sans problème à plusieurs générations d’avions militaires à réaction ; il a rendu d’éminents services à notre armée, tout en écrivant un chapitre important de l’histoire de l’aviation militaire suisse. «
Col H.R. Häberli
Commandement des troupes d’aviation et de défense contre avions 8.6.1990
Préambule
L’hélice n’est plus d’actualité
Après la seconde guerre mondiale on ne croit plus guère chez nous à une grande paix mondiale. La constitution des blocs Est et Ouest, fait naître une nouvelle image de la menace, avec des conséquences directes sur la technique d’armement. Celle des avions, en particulier connaît alors un essor considérable avec de nombreuses innovations. L’ensemble moteur à pistons hélice ayant atteint ses limites n’est désormais plus d’actualité pour des avions de combat modernes. Il est donc remplacé par des réacteurs beaucoup plus puissants.
De ce fait les armées étrangères s’équipent progressivement d’avions à réaction, la Suisse ne veut pas rester à l’écart. Alors que la France et l’Allemagne comptaient parmi nos fournisseurs préférés, après la guerre, la Suisse porte désormais son attention sur l’Angleterre pays qui a acquis une position de pointe dans le domaine aéronautique.
Le Vampire
Mis au point tout d’abord dans un relatif secret, le premier vol du DH-
Le constructeur tire parti de son expérience de la construction en bois pour fabriquer
un fuselage dont la structure fait penser à un sandwich de contreplaqué et de balsa
du même type que celui du Mosquito. Cependant la production du Vampire débute juste
un peu trop tard pour qu’il participe aux opérations de la seconde guerre mondiale.
Le Vampire est le dernier avion militaire d’attaque fabriqué en bois et métal. Il
semble construit autour du réacteur (Goblin) qui le propulse. Le fait d’avoir opté
pour le fuselage bi-
Le 27 septembre 1946, Geoffrey de Havilland Junior se tue aux commandes du second
proto construit, le DH-
A noter que Le 23 mars 1948, le pilote John Cunningham bat le record du monde d’altitude en atteignant 18119 mètres.
Le premier escadron de la Royal Air Force équipé de Vampire F.1 fut déclaré opérationnel
en mars 1946. Une version F.2 équipée d'un réacteur Rolls-
Suite à la décision de la RAF d'utiliser plutôt le Gloster Meteor pour le rôle d'avion
de chasse, une version FB.5 capable de missions d'attaque au sol fut développée en
1948. Avec son train d'atterrissage rehaussé, elle pouvait emporter 2 bombes de 225
kg (ou 2 réservoirs de carburant) et 8 roquettes de 7,62 mm. Cette version fut construite
à plus d'un millier d'exemplaires jusqu'en 1951. Elle fut suivie par une version
FB.9 équipée d'un système spécial de conditionnement de cabine pour régions tropicales.
La version FB.8, quand à elle, aboutit au DH-
Sous la désignation DH.113, de Havilland développa à partir du FB.5 une version biplace dans laquelle les 2 membres d'équipage étaient assis côte à côte. Le fuselage était également allongé pour permettre l'installation d'un radar, et un réacteur plus puissant permettait de composer l'augmentation du poids. Le premier vol de cette version eu lieu le 28 août 1949. Elle fut initialement commandée par l'Égypte mais, à cause d'un embargo sur les ventes d'armes décrété par le gouvernement, les avions furent en fait livrés à la Royal Air Force qui les désigna NF.10 et les utilisa pour la chasse nocturne.
Bien avant sa mise en service officielle, la Suède signe, le 9 février 1946, un
contrat portant sur l’achat de d’une première série d’appareils. Alors dénommé J-
Deuxième armée de l’air étrangère à s’équiper du Vampire la Suisse aura été la dernière à s’en séparer.
La production en série est réalisée par la firme English Electric. Dès la version F.Mk 3, de nombreux pays s’intéressent au Vampire qui peut être construite sous licence. La version principale de toute la série des Vampire est le FB.Mk 5 sur lequel sont incorporées des ailes renforcées d’envergure réduite. Elle est exportée vers onze pays dont le Canada, l’Egypte, la Finlande, la France, l’Irak, la Norvège et le Vénézuéla.
Construit sous licence il porte des appellations diverses, en France, il est produit
par la SNCASE sous la dénomination Sud-
Il équipe la Royal Air Force dès avril 1946. C’est le 247è Squadron basé à Odiham qui a l’honneur de voir arriver les premiers appareils. La RAF en acquerra plusieurs par la suite.
Le prototype du Sea Vampire a été le premier avion à réaction à décoller d’unporte-
La Fleet Air Arm (forces aériennes de la Royal Navy) reçoit de nombreux Sea Vampire
qui arment les porte-
Une variante biplace d’interception (NF.Mk 10) sert dans la RAF et intègre en petit nombre les armées de l’air de l’Inde et de l’Italie
Le Vampire en suisse
Nous sommes en octobre 1945, une délégation de la KTA (Koug technische Abteilung),
devenu ensuite « Groupement de l’armement », se rend en Angleterre pour se faire
présenter divers avions de combat, en vue du remplacement des avions à hélice. Rapidement
l’intérêt se porte sur le DH-
Les démonstrations et les explications techniques fournies convainquent les Helvètes
d’envoyer en mars 1946 chez De Havilland un groupe de pilotes d’essais et de techniciens.
Ils assistent à diverses démonstrations et effectuent des vols d’essai sur Vampire
et différents appareils à hélice (Hawker Sea-
Dans un premier temps, le commandement des Forces aériennes obtient le feu vert du Conseil fédéral pour acheter trois machines Mk.1. destinées à effectuer des essais pratiques en terre helvétique par nos pilotes.
Deux premiers Vampire, J-
C’est le début de notre révolution aéronautique (moteur) et de 44 ans d’emploi du
Vampire par la Troupe d’aviation. Ce sont les premiers "jets" jamais vu en Suisse,
excepté l’atterrissage d’un Messerschmitt Me-
Un danger pour les autres avions…
Les premiers essais en vol du Vampire débutent donc à Dübendorf. La direction de
l’aérodrome civil estimant ne pas pouvoir endosser la responsabilité de faire voler
en pleine journée un avion aussi rapide en même temps que les appareils à hélice,
privés ou commerciaux, planifie le vol à partir de 16h30. C’est alors que le J-
Fort heureusement il reste l’appareil J-
Ces avions sont soumis à de multiples tests. Les possibilités de vol en montagne
et d’utilisation des aérodromes de guerre sont examinées. Les problèmes liés à la
maintenance le sont aussi. Après plusieurs semaines de tests, le DH-
On note une bonne puissance de feu, de la robustesse, une stabilité en vol (plus de couple moteur) une facilité d’entretien et une excellente visibilité pour le pilote situé tout à l’avant, devant son moteur. L’aérodrome de Kloten inaugure une piste en dur en novembre 1947. Dübendorf devient alors une place exclusivement militaire. La première unité à se convertir sur Vampire sera l’escadrille II de l’Escadre de surveillance. Dès lors, les sifflements des turboréacteurs Goblin deviendront "musique quotidienne" à Dübendorf.
L’instruction des pilotes et leur adaptation aux « vitesses très élevées » sont deux points qui causent le plus de souci. Dans une revue spécialisée on peut lire : « Il faudra certainement procéder à la sélection des pilotes avec très grand soin, car les grandes vitesses qui peuvent être atteintes avec cet avion et surtout les accélérations considérables poseront des exigences exceptionnelles à l’organisme et nécessiteront de grandes capacités de réaction et une discipline de vol appropriées »
Cet avion, qui se caractérise par son fuselage bipoutre et son sifflement aigu, doit
devenir le fer de lance de notre aviation militaire, dit-
Les premiers Vampire et déjà des
critiques…
A l’enthousiasme général succèdent des voix discordantes. Dans un document daté d’octobre
1946 on note quelques critiques, notamment celle-
Enfin, l’acquisition des Vampire se heurte au problème de la survie de l’industrie aéronautique suisse. On verra plus loin qu’elle en a tiré finalement profit.
Premier Vampire à Sion
C’est le 24 septembre 1946, après un vol Emmen -
135 millions de francs comme de rien…
Nous sommes à une époque où les choses ne traînent pas et le message remis au Conseil
fédéral, en 1946, prévoit l’acquisition de 75 DH-
On sait aujourd’hui que la Vampire a tenu plus de 40 ans…
Les premières livraisons se font en 1949, déjà. Les machines gagnent la Suisse au départ de l’usine de Hatfield. La transition des pilotes militaires de carrière a lieu simultanément la même année.
Le Parlement donne son feu vert pour l’acquisition d’une seconde série de cent avions
du même type, à construire sous licence en Suisse. Des mandats sont attribués à Piltatus
SA à Stans par la Fabrique d’avions d’Altenrhein. Quant au montage final, il est
réalisé à la Fabrique fédérale d’avions à Emmen. Les réacteurs de type « Goblin 3
et 35B » arrivent d’Angleterre par la voie des airs à bord de Ju-
La fabrication du Vampire sous licence en Suisse permet à notre industrie de faire un pas décisif dans cette nouvelle technique aéronautique
Des avions à réaction pour la troupe…
C’est dans le cours des années 1950 que les premiers cours de transition du Morane au Vampire ont lieu, à Sion.
Dès avril 1950, des pilotes militaires de carrière de l’escadre de surveillance, fort bien préparés, se chargent de la conversion des cinquante premiers pilotes de milice, sur l’aérodrome de Kloten alors en construction. La formation technique des troupes d’aviation au sol se fait dans le même temps. Georges Burlet, pilote d’usine de la « DAM2 de l’époque, est le premier Valaisan à transiter sur le Vampire
Les pilotes doivent désormais se familiariser avec un avion à roue de proue ! Cet entraînement se fait au moyen de planeurs WLM. Il est suivi d’une instruction au cockpit de ce nouveau chasseur monoplace.
Grâce à l’arrivée, dès 1953, du DH-
Dès lors les pilotes, préalablement formés sur P.3, effectuent une vingtaine d’heures
de vol sur le « Trainer » avant d’être lâchés sur DH-
Casque blanc
Les trois premières escadrilles de Vampire sont donc opérationnelles dans les années
50, sans qu’il ne se produise d’incidents notables. Cette même année l’Institut
aéronautique de l’aviation contribue à optimiser l’équipement des pilotes en faisant
remplacer, pour frs 3.-
Les Vampire ne seront équipés de sièges éjectables de type « Martin Baker » que dans les années 60. Ils sont en partie installés à la Base de Sion. L’avion est également doté d’un paquet de survie ainsi que d’un nouveau manche à balai et d’une verrière renforcée.
La combinaison « Anti-
500 avions de combat
La planification de l’armée, à cette époque, prévoit de disposer de 500 avions de
combat. La rapide progression de la technologie fait que le Vampire perd rapidement
son titre de chasseur le plus récent. En 1952, la production des Vampire est donc
arrêtée, tant en Angleterre qu’en Suisse. Toutefois la Fabrique fédérale d’avions
assemble encore en 1960, 3 DH-
Retrait définitif ou presque… du Vampire…
La mise en service du Hunter, en 1959 puis du Mirage en 1968, sonne le glas du Vampire
comme avion de combat actif au sein des escadrilles. Il est intéressant de relever
que chaque pilote ayant passé sur Venom, Hunter, Mirage ou Tiger a effectué ses cent
à deux cents premières heures de vol sur « Vampy ». Un avion sur lequel le père de
certains d’entre eux auront eux-
Devoir accompli !
Les 150 monoplaces DH -
Evaluation du Vampire chez De Havilland, à Hatfield -
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Version détaillée Page 1
Le Vampire reste le plus gros succès commercial à l’export de l’industrie britannique de l’après guerre. Au total, plus de 1900 monoplaces furent produits, dont les derniers restèrent en service jusqu’en 1990. La production des Vampire monoplace se termine avec le FB.Mk9 qui est exporté vers Ceylan et la Jordanie. La production du Vampire s’achève en décembre 1953 sur les modèles T.Mk 11 et T.Mk 22 d’entraînement et le constructeur livre les derniers appareils en 1955 à la Rhodésie. Pas moins de vingt pays auront acquis le Vampire.














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